Un monde sans fin : un best seller toutes catégories

Si vous cherchez le livre en tête des ventes de l’année 2022, ne cherchez pas du côté des locomotives de l’édition (Guillaume Mussot, Michel Houellebecq ou Virginie Despentes) ou des stars des Mangas (Naruto ou One Piece). Le gagnant est en effet une bande dessinée particulière : le monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain. 540 000 exemplaires vendus en 2022, 21 rééditions, nous allons analyser les raisons de ce triomphe qui est tout sauf une surprise.

 

Premier élément : le contexte, des incertitudes profondes

Les actualités s’autoalimentent d’informations anxiogènes : guerre en Ukraine, possibles coupures d’électricité, explosion des prix des matières premières… Les Français ont ainsi envie de mieux comprendre « leur rapport ambigu à l’énergie et ses conséquences sur le réchauffement climatique » selon Stéphane Aznar, DG de Dargaud. Et les 200 pages de cette BD nous racontent l’histoire de l’énergie, l’omniprésence des énergies fossiles (gaz, charbon, pétrole) dans l’industrie et la nécessité de décarboner le mix énergétique. Les démonstrations y sont nombreuses, complètes et restent abordables. Jean-Marc Jancovici, l’ingénieur est transformé en Iron Man. Les schémas sont clairs et le ton est souvent humoristique.

Deuxième élément : les auteurs, des pointures dans leur catégorie
Le duo fait mouche en se mettant en scène dans le livre mais pas que.
Le dessinateur, Christophe Blain, a créé des sagas  (Isaac le Pirate ou Gus) ou les a poursuivies (Blueberry). Il s’est également illustré dans un style reportage avec la série Quai d’Orsay.  Elle dévoile les coulisses du Ministère des Affaires Étrangères avant le discours de Dominique de Villepin à l’ONU.
Son partenaire Jean-Marc Jocovici est un expert du sujet depuis plus de 30 ans. Ancien de l’Ademe, il milite, enseigne et donne de nombreuses conférences sur l’énergie et le réchauffement climatique. Il est la personnalité française la plus suivie sur Linkedin avec 700 000 suiveurs.
Nous avons ainsi deux personnalités reconnues de deux publics : les lecteurs de bandes dessinées et les réseaux sociaux.

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Crédits: Dargaud / Rita Scaglia

 

Troisième point :  une polémique reprise par les média
Les auteurs parlent du nucléaire comme une solution pour produire de l’électricité décarbonée. Certains élus politiques ont ainsi critiqué cette prise de position. Plus culottés, des activistes se sont fait passer pour Dargaud, l’éditeur. Ils ont contacté les libraires en leur demandant d’ajouter un erratum dans le livre et ainsi contredire  » des arguments  pro nucléaires ». De nombreux media ont rapporté cette affaire et octroyé une exposition très utile au livre.

Quatrième raison du succès : la BD, un marché de masse et porteur
Si le marché des livres classiques s’est effondré après le confinement, celui de la BD s’est maintenu. Les Français ont en effet acheté 85 millions de BD  en 2022. Certains mangas (One Piece, Spy x Family, Naruto) et poids lourds (l’Arabe du futur, Blake & Mortimer) l’ont porté mais pas que. Les BD qui essayent de faire comprendre le plus simplement possible au plus grand nombre un problème infiniment complexe fleurissent.  Le précurseur  a été « Dans la combi de Thomas Pesquet » qui nous racontait il y a 5 ans dans un mode reportage son parcours de spationaute.

Pour 2023, nous sommes prêts à parier que le vainqueur de ce classement sera le prochain Asterix. Sa sortie est prévue pour novembre et il sera probablement plus réussi que le film.

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